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      /  Chroniques du Temps   /  10 – Là où le temps s’arrête : la Casa Malaparte

    Montres Mania

    Illustration Prune Cirelli

    10 – Là où le temps s’arrête : la Casa Malaparte

    Textes : Laurent Cirelli
    Illustrations : Prune Cirelli

    La paroi à pic de Matromania, les trois gigantesques rochers des Faraglioni, la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes, le bleu, le vert et le pourpre de la côte d’Amalfi, et là-bas au loin, l’éclat doré du rivage de Paestum – moi je n’ai dessiné que le paysage.

    Curzio MALAPARTE

    Le temps des vacances est de nouveau là… et c’est donc le moment, je l’écrivais ici-même il y a un an (déjà…), de libérer enfin poignets et esprits – peu d’entre nous iront d’ailleurs nager si loin qu’il leur faudrait porter une Rolex Sea Dweller ou une Panerai Submersible… ! – de préoccupations somme toute bien matérialistes pour s’abandonner à l’essentiel : soi !

    C’est aussi le moment de se souvenir qu’avant même que nous commencions à nous intéresser à des jouets desquels nous continuons parfois de rêver encore adulte une idée fixe mais toute simple occupait notre esprit : avoir un endroit à soi. 

    Or, donc, il y a en tout homme un enfant… et une cabane qui sommeillent : refuge pour certains, thébaïde pour d’autres elle est souvent, comme la montre, l’accomplissement d’un rêve de gosse.

    Celle que l’écrivain Curzio Malaparte (de son vrai nom Kurt Suckert) fit construire à partir de 1937 sur une péninsule rocheuse située au sud-est de l’île de Capri entretient mystérieusement la légende d’un roc devenu depuis une pierre précieuse dont la beauté naturelle le dispute au luxe ambiant. 

    Car avant d’être colonisé par Prada, Tod’s et autres Gucci ce splendide caillou a vu passer tant de célébrités que la foule afflue encore chaque été, comme elle le fait à Saint Tropez ou à Cannes dans l’espoir d’apercevoir, même de loin, un chanteur en short ou un acteur en tongs…

    Malaparte avait-il pressenti que ce siècle finirait par être celui du tourisme de masse et du « laisser aller » ? Pour isoler « Una Casa Come Me » (le nom qu’il donna à cette… utopie), pour que la villa se fasse cabane et que le miracle s’accomplisse il fallut en rendre l’accès presqu’impossible sinon par la mer: alors, dominant en majesté le golfe de Salerne, tutoyant les mythiques rochers des Faraglioni et défiant là-bas au loin la superbe côte amalfitaine la « Casa Malaparte » se dresse sur sa pointe et décourage les importuns.

    Immortalisée et sublimée par le film de Godard – « Le Mépris » – dans lequel on peut voir Bardot, au faîte de sa gloire et de sa beauté, nager nue dans les eaux presqu’émeraudes qui l’enserrent la « Casa Malaparte » est une légende au même titre que l’île qui l’abrite. Sa couleur et sa forme ont fini par imposer son atypie au même titre qu’une construction signée Mallet-Stevens ou Le Corbusier. 

    N’est-ce pas d’ailleurs le propre de l’homme que de rêver d’un endroit à soi, dessiné sur mesure (comme un costume…) selon ses propres lois et principes, dont l’architecture et l’esthétique sont une façon d’autoportrait ? C’est ce que fit ici, sur cette paroi à pic, un dandy sulfureux et narcissique à nul autre pareil. D’autres après lui, – Yves Saint Laurent à Marrakech, Ernest Hemingway à Cuba et jusque Jacques Garcia aujourd’hui à Champs de Bataille – ont aussi voulu donner corps et matière à leurs rêves. Cet été, une promenade – en Riva bien évidemment – du côté de la côte occidentale de Capri s’impose donc si l’on veut s’approcher d’un mythe tout en (re) découvrant un lieu iconique… et repartir halé mais aussi… ébloui.